Les Mythes de la Seconde Guerre Mondiale

Je viens de terminer la lecture de l’excellent ouvrage de Jean Lopez et Olivier Wieviorka « Les Mythes de la Seconde Guerre Mondiale ». Ce sont 23 « mythes » analysés et faisant aujourd’hui l’objet d’une relecture critique, dont certains qui m’ont particulièrement interpellés !

 

mythes 2nde guerre mondiale

 

Tout d’abord une présentation rapide des auteurs :

  • Jean Lopez est un historien français, fin connaisseur de cette période et plus particulièrement le Front de l’Est, Rédacteur en chef du magazine « Guerres et Histoire » (une revue passionnante !!) et auteur de divers livres tels que « Koursk : les 40 jours qui ont ruiné la Wehrmacht » (dont je vous recommande la lecture), « Stalingrad », la biographie de Joukov etc.
  • Olivier Wieviorka est un universitaire et historien français, lui aussi spécialiste de la seconde guerre mondiale, et ayant récemment produit une relecture du débarquement allié en Normandie « Histoire du Débarquement en Normandie, Des origines à la libération de Paris » en 2006. A ajouter à ma liste de lecture.

Bref, des auteurs aux références solides en la matière.

L’ouvrage est donc une collection de 23 ‘mythes’, chacun traité par un auteur différent, et qui aborde des aspects très variés du conflit, que ce soit selon le théâtre d’opérations, les acteurs, la vision stratégique, les aspects logistiques…

J’en retiens trois qui m’ont particulièrement intéressé, en laissant de côté des mythes trop évidents tels que : « La France a contribué à la victoire des Alliés », « Les armes miracle allemandes auraient pu tout changer » etc. Sans même parler du fait que beaucoup croient encore que c’est le débarquement allié en Normandie qui a permis la victoire, qui est finalement une vision très occidentale (il serait temps de revoir les manuels d’histoire).

1. « Pearl Harbour, une victoire japonaise »

virginia

Tout d’abord je dois avouer ma méconnaissance du conflit dans le Pacifique, et j’ai donc découvert avec étonnement le fossé séparant l’image de la « catastrophe » de Pearl Harbour des résultats tactiques (limités) et stratégiques (désastreux) de cette opération.

En effet, pour ne citer que quelques chiffres, le 7 décembre 1941 après l’attaque surprise japonaise (deux vagues de 183 puis 163 avions), sur 82 navires de guerre américains, seuls 3 sont irrémédiablement perdus. Deux sont des navires déjà obsolètes, lancés en 1915 et 1916, quant au troisième il est tellement hors d’âge qu’il a été reconverti en navire-cible. Tous les autres bâtiments de guerre seront renfloués, réparés et remis en service dans les semaines et mois qui suivent.

Plus grave pour les japonais, qui avaient misé (oui, ils avaient en quelque sorte « parié »), que les porte-avions américains seraient stationnés à Pearl Harbour. A la grande désillusion de l’amiral Yamamoto, ce n’était pas le cas, et les conséquences seront terribles pour le Japon.

Yamamoto lui-même l’a compris dès l’issue de l’attaque. La puissance militaire et industrielle et américaine ne mettra pas longtemps à se retourner contre le Japon, et 6 mois plus tard le 4 juin 1942 ce sera la victoire américaine de Midway.

Reste le nombre de victimes à Pearl Harbour : 2403 tués dont 1177 sur l’Arizona, et 1178 blessés. C’est beaucoup, mais l’a indiqué ensuite le général Nimitz, c’est moins que si la flotte américaine, détectant plus tôt l’approche japonaise, était allée à leur rencontre et se serait alors exposée à un feu trop nourri.

En conclusion, Pearl Harbour apparait comme une occasion manquée de porter un coup significatif aux américains. Et surtout, par cette action illégitime selon les lois de la guerre, elle créé un choc, génère un sentiment de traitrise et un immense besoin de revanche à l’encontre des japonais.

Pearl Harbour, une catastrophe… pour le Japon?

2. « Le Corps Expéditionnaire Français en Italie : un sacrifice inutile »

CEF

Le Corps Expéditionnaire Français (‘CEF’) a compté jusqu’à 95 000 hommes, et a représenté jusqu’à 10% des effectifs alliés lors de la Campagne d’Italie qui s’est achevée avec la bataille de Monte Cassino et la chute de Rome le 4 juin 1944.

Sous les ordres du Général Juin, les troupes françaises, placées sous commandement allié, ont fait preuve d’audace et de combativité et ont contribué significativement à la victoire de Monte Cassino. Le problème est que suite à cette belle et symbolique victoire (la chute de Rome fut un coup très dur pour l’Axe), le CEF a été dissous! D’où de multiples critiques : aventure inutile et périlleuse sur un front secondaire ? pour quels bénéfices ? pour les alliés, oui mais pour la France ?

D’un point de vue purement militaire, on peut effectivement se poser ces questions. Mais  les choses militaires et politiques sont étroitement liées et l’action décidée et victorieuse du CEF a renforcé la présence de la France dans le jeu des libérateurs et auprès des anglo-saxons, et on peut mettre au crédit du CEF le fait qu’en septembre 1944, De Lattre commandait officiellement la 1ère Armée Française sur le front occidental.

J’ai particulièrement apprécié ce chapitre et les différents niveaux de lecture (tactique, stratégique, diplomatique)… Comment ne pas penser à Clausewitz « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens »… même si cette phrase prend ici un autre sens : il ne s’agit plus seulement de tractations avec son ennemi, mais avec ses alliés !

Nota : et sans oublier une lecture « managériale », celle de la démonstration par l’exemple?

3. « Le Japon a capitulé en raison d’Hiroshima »

nagasaki1

Encore une « surprise » sur le d’opérations du Pacifique ! Selon ce que j’avais compris, les américains avaient finalement vaincu le Japon suite aux victoires remportées sur terre et sur mer, mais aussi surtout avec les bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945.

Or, et c’est moins connu en Europe, le 9 août à 4h du matin, soit quelques heures avant Nagasaki, l’Armée Rouge attaque l’armée japonaise du Kwantung qui stationne en Mandchourie. Usant de son expérience acquise tout au long du conflit contre la Wehrmacht, et bénéficiant de moyens logistiques et matériels colossaux (5500 blindés, 3800 avions, 1,5M d’hommes…), les russes écrasent les japonais. L’armée japonaise est fixée et détruite.

L’empereur Hirohito et la cour se qui se raccrochaient encore à l’infime espoir d’avoir affaire à des adversaires russes et anglo-saxons divisés, comprennent immédiatement que c’est la fin.

Même si tous avaient compris depuis longtemps que la guerre était perdue pour le Japon, tant que restaient les positions de l’armée du Kwantung en Mandchourie, il restait une chance de négocier une issue honorable et maintenir l’Empereur sur le trône. Maintenant que l’URSS et les américains travaillent de concert, cet espoir s’évanouit.

La nouvelle de Nagasaki quelques heures plus tard ce 9 juin 1945 ne fera que renforcer cette conviction. Le Japon est maintenant face à une double menace d’invasion américaine et soviétique. Face à cette situation intenable, le Japon capitule.

La dernière partie de l’histoire est doublement intéressante car elle montre la réécriture de l’issue du conflit à la fois par les américains et les japonais : pour les américains, l’emploi de la bombe atomique se voit justifié, pour les japonais la capitulation se justifie par l’emploi d’armes inhumaines sur leur sol… ce qui épargne la responsabilité des dirigeants japonais, l’Empereur en tête, sur la conduite hasardeuse du conflit.

En conclusion…

J’ai particulièrement aimé ce livre.

Mythes ou non, au fil des chapitres et des thématiques abordées, les évènements plus ou moins connus de cet immense conflit s’éclairent d’un jour nouveau, et amènent de nouvelles réflexions (tactiques, stratégiques, politiques… et tout simplement humaines).

La seconde guerre mondiale est un conflit d’une ampleur et d’une complexité exceptionnelle, dont on n’a jamais fini de découvrir les multiples facettes.

***

« Les Mythes de la Seconde Guerre Mondiale » – Sous la direction de Jean Lopez et Olivier Wieviorka – Ed. PERRIN

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PS: comment terminer ce post dans remercier Cédric C. qui m’a gentiment offert ce livre !

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