La Force Expéditionnaire Brésilienne à l’épreuve du feu en Italie (1944-45)

Résidant au Brésil actuellement, je me suis intéressé à l’histoire militaire du pays et plus particulièrement dans la région de Rio de Janeiro, qui a été le théâtre de nombreux affrontements – avec les français notamment ! – au cours des derniers siècles.

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Vue depuis la Forteresse de Santa Cruz sur la Baie de Guanabara

En visitant la Forteresse de Santa Cruz située à Niteroi, ville situé face à Rio de l’autre côté de la Baie de Guanabara, j’ai réalisé qu’elle hébergeait un des Régiments d’Infanterie qui composait la Force Expéditionnaire Brésilienne (FEB) créée en 1942 pour aller prêter main forte aux Alliés à la fin de la Campagne d’Italie en 1944-45 (ce qui fait penser à l’aventure du Corps Expéditionnaire Français en Italie, dont j’ai parlé dans un post précédent).

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Les Symboles du Groupe de Chasse et de l’Infanterie de la FEB : un cobra qui fume pour cette dernière, comme un défi à ceux qui mettaient en doute la capacité de combat de l’armée brésilienne « aussi absurde qu’un cobra qui fume »!

L’aventure brésilienne au sein du second conflit mondial est surprenante à plus d’un titre ! En effet, que venait faire le Brésil en Europe ? Comment la FEB s’est elle comportée au contact du feu ? Qu’en reste-t-il aujourd’hui…?

La position du Brésil pendant la 2nde Guerre Mondiale

Qui sait que le Brésil a été la seule nation d’Amérique du Sud à prendre part au conflit ? Il faut déjà savoir que jusque-là le dictateur (ou « président », c’est selon les affinités politiques) Getulio Vargas, au pouvoir de l’Estado Novo depuis 1937, voue une admiration à peine voilée aux puissances de l’Axe (Allemagne et Italie) et vise à installer un pouvoir autoritaire au Brésil. Peu empreint de valeurs démocratiques, il se sent proche de l’ordre social véhiculé par les nations de l’Axe.

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Getulio Vargas

Cependant il préserve une neutralité prudente, malgré la pression de plus en plus forte des Etats Unis qui souhaite installer ses bases militaires sur le territoire brésilien, afin de surveiller de plus près les activités du Japon, ce qu’ils finissent pas obtenir dans le Nordeste dès l’année 1942. Comme conséquence directe, les U-Boots allemands naviguant dans l’Atlantique coulent 5 navires battant pavillon brésilien, ce qui provoque la mort de plus de 600 de ses concitoyens.

Malgré son aversion pour le modèle démocratique des Alliés et sous la pression conjuguée des Américains et de l’opinion publique brésilienne de plus en plus agitée, Getulio Vargas finit par céder et déclare la guerre à l’Axe le 22 aout 1942. C’est à partir de ce moment que se constitue la FEB, avec une prévision de recrutement de 100 000 soldats et officiers, pour aller supporter les Alliés sur le continent européen.

Il faut souligner que Getulio Vargas, lorsqu’il prend sa décision de se placer aux côtés de Alliés en 1942, pressent que son alignement avec les démocraties occidentales est idéologiquement incompatible avec sa vision du Brésil et provoquera à terme la fin de son projet politique. Nous verrons qu’il a été clairvoyant…

La FEB en action en Italie

Autant le dire tout de suite, les effectifs totaux de la FEB ne sont pas très impressionnants, puisqu’en tout elle comptera 25 000 engagés dont 15 000 combattants (ce qui correspond à une Division), qui seront distribués au sein de 3 Régiments d’Infanterie et un Groupe d’Aviation composé de 4 escadrons de 12 chasseurs-bombardiers. Effectifs réduits certes mais dont le comportement volontaire et courageux sera remarqué des Américains… et des Allemands !

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Carte de la campagne de la FEB en Italie

Au départ cela ne commence pas très bien car le Brésil dispose d’une culture militaire dépassée, et l’organisation du recrutement et de l’instruction sont très chaotiques. De plus, lorsque l’infanterie est enfin envoyée sur le terrain d’opérations en 1944, les soldats brésiliens arrivent peu équipés en armes et encore moins en vêtements appropriés. En effet l’hiver 1994-45 est très rude dans les montagnes du nord de l’Italie où est déployée la division brésilienne et il faut procéder très rapidement à un « rhabillage » complet des troupes !

Cela fait, la FEB qui est intégrée à la 5ème Armée US (dont elle dépend complètement), soutient efficacement les Américains pendant la campagne d’Italie, mais finit par se heurter aux fortifications allemandes de la « Ligne Gothique » vers le mois de novembre 1944.

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Monte Castelo en 1945

C’est à cette période que la FEB subira ses plus grosses pertes (environ 300 soldats sur un mois), face à l’opiniâtreté des allemands, bien retranchés dans les hauteurs et protégés par de solides constructions. C’est aussi le moment ou les brésiliens montreront toute leur valeur au combat, en remportant plusieurs assauts qui permettront notamment de prendre la petite ville de Monte Castelo le 21 février 1945, qui reste aujourd’hui le symbole victorieux de la campagne de la FEB en Italie.

On peut seulement se demander quelle était la capacité de commandement du Général Mascarenhas de Morais qui dirigeait la FEB pendant cette campagne, au vu de plusieurs assauts ayant causé des pertes humaines inutiles, contre des positions trop bien tenues pas les allemands. Mais il ne fait aucun doute que la division s’est bien battue, comme cela a été plusieurs fois attesté par les Alliés.

Enfin n’oublions le groupe de chasse brésilien, qui a reçu comme monture le fameux P-47 Thunderbolt, qui est en 1944 un des meilleurs chasseurs-bombardiers de l’époque (avec le le P-51 Mustang et le Illiouchine II-2).

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Un P-47 « Thunderbolt » de la FEB en action

En effet, ce matériel produit à plus de 15 000 exemplaires et qui est principalement déployé dans le Pacifique, est équipé de 8 mitrailleuses de 12,7mm et peut embarquer plus de 1000kg de bombes. Mais surtout il est d’une robustesse à toute épreuve, et il n’est pas rare que ceux de la Navy US aient vu atterrir sur leur porte-avions des avions transpercés de dizaines d’impacts d’obus… et toujours en état de voler !

C’est aux commandes de 4 groupes de 12 chasseurs que le groupe de chasse de la FEB effectuera des dizaines de missions, d’abord de reconnaissance, puis d’appui et de bombardement, en soutien de la 5ème Armée américaine dont leurs confrères brésiliens en opération terrestre. Là aussi, les pilotes brésiliens rempliront brillamment leur mission, en détruisant des centaines de blindés et d’ouvrages d’art, appuyant efficacement les Alliés.

A la fin du conflit, la FEB totalise 452 pertes humaines, soit environ 2% de l’effectif de la division, mais l’Infanterie et l’Aviation ont été particulièrement éprouvées. Dès le milieu de l’année 1945, les soldats commencent à regagner le Brésil, qui célèbre leur comportement et leurs victoires.

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Les conséquences pour la politique intérieure brésilienne

C’est là que l’histoire militaire croise (de nouveau) la politique, car les officiers et soldats de retour au Brésil sont porteurs de valeurs démocratiques en opposition avec le régime autoritaire installé par Getulio Vargas… après tout ces soldats ont combattu le modèle (Allemagne nazie, Italie fasciste) auquel ce dernier prétendait !

Même si le mouvement politique enclenché par les pracinhas (soldats brésiliens) n’est pas seul à provoquer la chute de Getulio Vargas, il y contribue activement car il est en phase avec l’opinion populaire, qui réclame plus de démocratie et de libertés (élections présidentielles dès 1945, etc). Cette situation conjuguée à divers scandales amènent une junte de militaires à provoquer un coup d’état et déposer Getulio Vargas le 29 octobre 1945. Il continuera sa vie politique dans la décennie qui suit mais la parenthèse de l’Estado Novo est refermée.

Aujourd’hui, l’action de la FEB est fait partie du roman national brésilien et plusieurs lieux lui rendent hommage, dont la – cependant modeste – Casa da FEB (Maison de la FEB) dans le centre de Rio, qui regroupe divers armes et équipements brésiliens, alliés, ou saisis à l’ennemi :

 Casa da FEB

Mais c’est surtout le monument aux morts de 1945, à Flamengo, qui impressionne par son architecture et son ampleur :

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 Monumento Nacional aos Mortos da Segunda Guerra Mundial 

La FEB, une division aux dimensions modestes mais à l’action fortement symbolique et aux conséquences majeures pour l’histoire du Brésil…

***

 

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